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L'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel

La banque n'a aucun intérêt à consentir l'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel. Cette garantie, très courante en matière de financement professionnel, expose directement le patrimoine personnel du dirigeant en cas de défaillance de l’entreprise. L’institution bancaire accorde généralement cette annulation uniquement si une autre personne, par exemple un nouvel associé, consent à se porter caution solidaire sur le prêt. L'autre solution consiste à contester la légalité de l'acte de cautionnement devant les tribunaux pour obtenir l'annulation de la caution par voie de justice.
Votre courtier en prêt professionnel à Ploërmel fait le point sur ce sujet.

 

La caution solidaire d'un prêt professionnel, une garantie fréquente

La caution solidaire de prêt professionnel expose directement le patrimoine personnel du dirigeant en cas de défaillance de l’entreprise.

Il n'y a pas confusion de patrimoine du dirigeant avec son entreprise personne morale, ce qui permet en théorie de protéger les biens personnels de l'entrepreneur. Mais dans les faits, il s'avère que les dirigeants de PME/PMI sont souvent contraints :

  • de signer un acte de cautionnement pour obtenir un prêt professionnel,
  • de risquer ainsi de voir leur patrimoine personnel saisi en cas de prêt impayé.

Obtenir l'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel

L'établissement bancaire n'a aucun intérêt à accorder l'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel. Il n'envisagera de renoncer à cette garantie qu'à la condition d'en obtenir une nouvelle au moins équivalente.

Par exemple, un associé qui vend ses parts peut négocier avec le repreneur de se porter caution sur les prêts en cours afin de pouvoir se désengager en tant que caution. La banque a dans ce cas la possibilité :

  • de refuser l'annulation de la caution solidaire du prêt professionnel,
  • d'accorder l'annulation de caution solidaire du prêt professionnel de l'ancien dirigeant contre la signature d'un nouvel acte de cautionnement. Généralement, elle exigera que le nouveau garant détienne un patrimoine au moins supérieur à l'ancien garant (biens immobiliers etc.).
  • d'accepter le nouveau cautionnaire comme garant de premier rang tout en conservant le garant initial en second rang. Autrement dit, ce dernier n'est pas totalement désengagé et peut être appelé en caution en cas de défaillance totale ou partielle du garant de premier rang. 

L'annulation judiciaire d'une caution solidaire d'un prêt professionnel

Il existe des cas où le tribunal peut prononcer l'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel.

S'il y a eu dol ou violence

Dans le cas où la banque n'aurait pas expliqué clairement au garant ce qu'il encourait en signant un acte de cautionnement ou aurait fait pression sur lui pour obtenir sa caution, le tribunal peut prononcer l'annulation d'une caution solidaire d'un prêt professionnel. Il est toutefois souvent difficile dans la pratique de prouver le dol ou la violence.

Si l'acte de cautionnement est irrégulier (vice de forme)

Lorsque l’acte de cautionnement ne respecte pas les exigences légales de forme, il est possible d'obtenir la remise en cause d’un engagement de caution.

En particulier, pour les personnes physiques qui se portent caution au profit d’un créancier professionnel, la validité de l’engagement est strictement encadrée par le Code de la consommation, notamment par ses articles L.343-1 et L.343-2 qui imposent des mentions manuscrites obligatoires.

À ce titre, la caution peut contester son engagement dans plusieurs situations, par exemple dans les cas suivants :

  • les mentions manuscrites obligatoires sont absentes, incomplètes ou inexactes ;
  • la signature est apposée à un endroit irrégulier (par exemple avant les mentions exigées) ;
  • l’engagement de caution n’est pas exprimé de manière claire et non équivoque ;
  • des éléments essentiels, tels que l’identité du débiteur ou la nature de l’engagement, sont imprécis ou erronés.

Toutefois, la jurisprudence récente tend à apprécier ces irrégularités de manière moins formaliste qu’auparavant : ainsi, toutes les erreurs n’entraînent pas automatiquement la nullité de la caution.

Selon les cas, le juge peut :

  • prononcer la nullité de l’engagement,
  • en limiter la portée,
  • ou écarter certaines clauses défavorables à la caution.

Enfin, ces règles doivent être lues en complément des dispositions du Code civil relatives au cautionnement, qui encadrent plus largement la validité et les effets de l’engagement.

Si le cautionnement est disproportionné aux biens et revenus de la caution

Une caution personne physique peut également contester son engagement lorsque celui-ci était, au moment de sa signature, manifestement disproportionné à ses biens et revenus.

Cette protection est prévue par le Code de la consommation, notamment à l’article L.343-4. En pratique, la disproportion est l’un des moyens de contestation les plus fréquemment invoqués par les cautions devant les tribunaux.

Concrètement, la banque ne peut pas se prévaloir d’un engagement de caution si, au jour de la signature, celui-ci excédait de manière évidente les capacités financières de la caution, sauf si le patrimoine de cette dernière lui permet finalement de faire face à son obligation au moment où elle est appelée.

Plusieurs éléments sont pris en compte pour apprécier cette disproportion, notamment :

  • les revenus de la caution,
  • son patrimoine (biens immobiliers, épargne, etc.),
  • ses charges et engagements en cours,
  • ainsi que son niveau d’endettement global.

Notons toutefois que l’appréciation se fait au moment de la signature de l’acte, et non au moment du litige.

En cas de disproportion reconnue, la sanction n’est pas nécessairement l'annulation de la caution solidaire de prêt professionnel. En pratique, le juge peut :

  • déclarer l’engagement inopposable à la caution,
  • ou limiter le montant qu’elle peut être contrainte de payer.

Ces règles s’articulent avec les dispositions du Code civil, qui encadrent plus largement la validité et les effets du cautionnement.

Au-delà des cas d’annulation ou de remise en cause directe de l’engagement, la caution bénéficie également d’autres mécanismes de protection importants.

Autres protections importantes de la caution à connaître

Au-delà des cas de nullité ou de remise en cause de l’engagement, d’autres règles protectrices peuvent être invoquées par la caution.

Le devoir de mise en garde de la banque

La banque est tenue à un devoir de mise en garde à l’égard de la caution personne physique lorsqu’elle n’est pas considérée comme avertie. Concrètement, elle doit attirer son attention sur les risques de l’engagement au regard de ses capacités financières et de la situation de l’emprunteur.

En cas de manquement, la banque peut être condamnée à verser des dommages et intérêts à la caution, ce qui permet de compenser tout ou partie des sommes réclamées.

La distinction entre caution avertie et non avertie

La jurisprudence distingue :

  • la caution avertie, généralement un dirigeant expérimenté ou disposant de compétences financières,
  • la caution non avertie, qui bénéficie d’une protection renforcée.

Cette distinction est essentielle, car elle conditionne notamment l’application du devoir de mise en garde par la banque.

L’obligation d’information annuelle de la caution

Le Code de la consommation impose à la banque d’informer chaque année la caution du montant de la dette restant à courir, ainsi que des conditions de l’engagement (articles L.343-5 et L.343-6).

En cas de non-respect de cette obligation, la sanction peut être lourde pour la banque, notamment :

  • la perte du droit aux intérêts,
  • voire une réduction significative de la dette due par la caution.

La réforme du droit des sûretés de 2021

La réforme entrée en vigueur en 2022 a modernisé le droit du cautionnement, désormais encadré à la fois par le Code civil et le Code de la consommation.

Elle a notamment :

  • clarifié les règles applicables au cautionnement,
  • harmonisé certaines sanctions,
  • et confirmé les protections accordées aux cautions personnes physiques.

Des sanctions autres que la nullité

Contrairement à une idée reçue, la nullité de la caution n’est pas la seule issue possible en cas d’irrégularité.

Selon les situations, les tribunaux peuvent :

  • déclarer l’engagement inopposable à la caution,
  • réduire le montant de la dette,
  • priver la banque de certains droits (notamment les intérêts),
  • ou condamner la banque à indemniser la caution.

Ces mécanismes sont souvent plus fréquents en pratique que l’annulation pure et simple de l’engagement.


En pratique, l’annulation judiciaire de la caution solidaire de prêt professionnel reste difficile à obtenir. Toutefois, de nombreux leviers juridiques permettent d’en contester la validité ou d’en limiter les effets, notamment en cas d’irrégularité, de disproportion ou de manquement de la banque à ses obligations.

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